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© Passant n°22 [octobre 1998 - novembre 1998]
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Du plomb dans l'aile gauche

Je sais, Strauss-Kahn et Sarkozy sont blanc bonnet et bonnet d'âne, Chevènement et Seguin du même côté de la ligne très bleue des Vosges, Blair le clone « sévèrement burné » de Thatcher et Schröder le pygmée de Kohl, le clivage gauche-droite passé à la moulinette néolibérale. « La drauche » pour citer une seconde fois les Guignols. Mais quand même, il est des révélations tardives qui font mal, très mal. Je ne suis peut-être qu'un pauvre béotien qui n'entrave rien à la politique mais une anecdote lue dans Marianne (*) dans le cadre d'un article consacré au dernier ouvrage d'Eric Zemmour, « le livre noir de la droite », m'a sacrément giflé. Sur la joue gauche !

Soit, Mitterrand s'était livré à toutes les compromissions pour arriver au pouvoir, pour le garder, coûte que coûte, vaille que vaille, rongé par le pire des cancers, celui de l'âme. On le savait contagieux. Beaucoup en succombèrent. Mauroy et Rocard, eux, semblaient un tantinet épargnés. Le premier, même sí'l avait pendu aux vestiaires de Matignon les oripeaux d'un socialisme moribond avant que d'être, représentait la fidélité aux idéaux, le gardien du temple. La raideur morale toute protestante du second était comme un gage de droiture. Et puis Mitterrand le haïssait, c'en était presque une qualité.

Mais l'anecdote que rapporte Eric Zemmour écorne passablement les deux sus-nommés. 1981, l'élection présidentielle approche. Valéry Giscard d'Estaing contacte Mauroy et Rocard pour leur proposer de participer, sous sa présidence, à une majorité de centre gauche dans l'éventualité d'une défaite de Mitterrand. Rocard dit oui, sans retenue. Mauroy, prudent, réserve sa réponse, sans dire non. Puis tout ce beau monde de s'écharper copieusement pendant la campagne, drapé dans l'abysse politique qui séparait soi-disant leurs programmes respectifs. Le bon peuple, lui, est allé aux urnes, berné, trompé, abusé. Mitterrand a gagné et l'on a quand même eu du centre gauche.

Je sais bien qu'aujourd'hui il est facile de vilipender une classe politique laminée par les affaires, inféodée aux boursicoteurs, plus que jamais dans le collimateur des poujadistes et autres fachos. Il n'empêche que j'ai les tripes qui se nouent, une putain d'envie de chialer, un profond sentiment de dégoût. La haine à vif. Ca passera. Et puis, surtout, y'a d'autres grains à moudre, des idées à coudre pour en découdre. Tiens, je retournerai même voter, dès la prochaine fois. Avec un caleçon en plomb.

(*) Marianne, n°76, semaine du 5 au 11 octobre 1998.
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