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Retour © Passant n°30 [août 2000 - septembre 2000] AmoursPourquoi écrire au singulier ce qui peut l’être au pluriel, tout en changeant de genre ?
Est-ce encore le même qui s’impose ? L’unique, le vrai, le seul, le (re)productif, celui par qui le polymorphisme pervers(1) est de-venu le paradis perdu de l’adulte. La réflexion sur le corps féminin amorcée par les féministes semble avoir ouvert la voie à de nouvelles approches et perceptions du corps masculin. Pierre Bourdieu (La domination masculine, 1999) démontre que ce qui est défini comme nature est culture et socialisation du corps : nos schémas culturels sont inscrits dans notre chair, de façon telle que le choix du partenaire amoureux s’inscrit dans le « destin social » de l’individu. Après la femme située comme « l’Autre » (analyse beauvoirienne de la condition féminine), l’approche rationnelle de l’amour se joue autour des rapports de domination et de pouvoir. La notion d’identité sexuelle est devenue trouble : frange et limite sur lesquelles se jouent de nouveaux rôles (les films d’Almodovar, la recherche de l’identité interprétée sur la scène des arts plastiques), où l’un et l’autre s’est transformé en ni l’un ni l’autre. Longtemps masqué sous le label trompeur de « guerre des sexes », le rapport entre les « genres » est donc beaucoup plus complexe qu’une trop pratique opposition binaire (Elisabeth Badinter, XY). L’amour, c’est le problème de l’Autre, et il le pose à l’extrême : l’autre race, l’autre classe, l’autre sexe, l’Autre, parce qu’il n’est pas moi, insérés dans leurs stratégies spécifiques de pouvoir et de domination. Les rapports entre hommes et femmes en sont la synthèse explosive, déclinée de l’affectif au passionnel. Aujourd’hui cependant, entre l’un(e) et l’autre, un dialogue est en train de se nouer, peut-être comme jamais. Et ils pourraient se dire : « Ne m’idéalise pas, accepte-moi / Ne me rêve pas conforme à tes désirs, n’essaye pas de me faire tel(le) que tu me veux ». Para cristal te quiero […] Cristal. ¡ Espejo, nunca !(2) Je te désire parce que tu es cristal, […] Cristal. Miroir jamais ! Mais, amour(s), singulier, singulières, pluriel(le)s et multiples, c’est aussi quand même et malgré tout, ce qui donne envie de vivre et de construire l’instant.
(1) Et pas perverti. (2) Pedro Salinas, poète espagnol, de la « Génération de 1927 » (celle de Garcia Lorca). |
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