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Retour © Passant n°32 [décembre 2000 - janvier 2001] par Emmanuel Renault L’hiver à contre-jourVa bien falloir que l’hiver fasse sa rentrée, qu’il s’mette à souffler un regain d’froid dans les côtes de la misère, qu’à nouveau les trottoirs se mettent à hurler des poésies noires. L’année dernière, alors que j’rêvassais dans les rues en hiver, j’ai heurté quelque chose qui tout droit conduisait à une bouche d’homme. D’où sortit la plainte, de ces souhaits à l’envers, de ces sanglots-mots : « Voici, j’ai arraché le manteau de chair saignante / et de colère je marche nu / - non, pas encore ! mais je me vois lointain / et j’ai pour me guider et remplacer mon cœur, / très loin, ces mains, ces mains d’aveugle, / l’aveugle morte plus voyante que vos yeux de bêtes, / vous opaques vivants lourds, très loin l’aveugle »1. L’année dernière aussi, j’ai vu tout ce peuple invisible se débattre dans le néant et arracher des masques, tenter de se faire une place, un repas, un toit, et venir dire pour Noël : « Il meurt, mon peuple, il se retourne dans sa peau, / il souffle vers le ciel ses bronches, / et ses orteils l’ancrent au sol. / Ses pieds sont les racines et ses bronches les branches / d’une forêt de famine, des midi. »2. Oh, les beaux discours qu’ils ont eus en récompense ! Droit de propriété patati, grands équilibres patata, générosité publique lalalère. Pour Noël, j’vous parie une chopine qu’une méchante misère fera son apparition annuelle, histoire de gâcher notre bonheur. Comme disait Vermersch, l’un des poètes du Père Duchêne sous la commune, faut des mesures radicales pour digérer tranquille : « Pour être heureux, purgeons la terre / De ces coquins, de ces brigands ! / Vit-on jamais peuple semblable ? / ça pleure, hurle et fait le diable, / Parce qu’il crève un peu de faim ? »3. Et des guirlandes, et des guirlandes, et des guirlandes…Canailles, coquins, brigands, crevez leur l’apparence ! Déchirez leur l’écran ! Bouchez leur donc le flon-flon !
Du même auteur à paraître aux éditions du Passant Mépris social, éthique et politique de la reconnaissance. (1) R. Daumal, « Le grand jour des morts », in Le contre-ciel, Poésies / Gallimard, 1970, p. 60. (2) « Le serment de fidélité », ibid., p. 76. (3) E. Vermersch, « Les incendiaires », in M. Choury, Poètes de la commune, Seghers, 1970, p. 264. |
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