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Retour © Passant n°39 [mars 2002 - avril 2002] par Emmanuel Renault C’est pas correct !Ces derniers temps, on n’arrête pas d’entend’ parler d’Houellebecq. Après avoir fait dans l’style dépressif pendant quelques années, y s’est reconverti dans la provoc, c’est plus porteur. T’inquiète, j’vais pas faire salon littéraire, mais comme d’hab, gymnase politique, car c’qui m’plaît chez c’type, c’est qu’y sent l’air du temps, parce que tu vois, il aime pas l’politiquement correct. Là t’es d’accord avec moi, hein ! Y’a pas pire qu’le politiquement correct, c’frère dégénéré d’la pensée unique. Houellebecq il l’a pigé, et il a décidé d’le faire savoir. A droite, y’en avait pour prétendre qu’y dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Venant d’la gauche, ce qu’est plus vendeur, c’est d’proclamer qu’on va dire c’que tout le monde sait, mais c’dont tout l’monde s’interdit d’parler. Moi, j’brise les tabous et j’transgresse les interdits, pis surtout les tabous et les interdits sexuels, et j’ai même pas peur et mort aux cons, voilà un vrai programme subversif, pis le seul même, parce que la misère et la pauvreté, l’exploitation et la domination, c’est plus un problème, ça repose sur des nécessités économiques, tout l’monde le sait maintenant, à droite comme à gauche !D’après c’qui semble, l’écrivaillon aime bien fourrager l’paradoxe, y s’est même laissé un peu emporter, après l’apologie du tourisme sexuel, y vient traiter les femmes musulmanes voilées « de grosses salopes en manque »1. Mais à bas l’hypocrisie, on va quand même pas jouer les vierges effarouchées parce qu’il a fait d’la provoc son fonds d’commerce, aujourd’hui on sait bien qu’tout passe par les media, pis pour une fois qu’on y entend pas une ritournelle consensuelle, pis c’est pas vrai qu’il est prêt à tout pour s’faire vendre, la preuve, y vient d’appeler à voter Chevènement… Ah l’animal, s’il existait pas, tu serais pas prêt à l’inventer toi ? Dans la même interview où il s’en prend au voile et célèbre le pôle républicain,
y dit qu’des Français racistes comme Le Pen, il en faut pas trop, mais il en faut quand même. Houellebecq, Chevènement, Le Pen, des vrais hommes, des qui connaissent les femmes, la virilité et l’autorité ! L’autorité comme transgression, elle va aimer ça la Miss Démocratie… Avec la croix de Lorraine ou la croix gammée comme godemichet ? Tu m’dis que j’exagère, qu’je suis dégueu, qu’ils n’ont rien à voir avec la croix gammée, et qu’on peut quand même pas tous les mettre dans l’même panier. Tu m’dis qu’ça sert à rien de s’faire peur avec un nouveau fascisme, qu’le fascisme c’est même plus un épouvantail, tout juste un souvenir, et qu’on ferait mieux réfléchir à c’qui s’passe vraiment aujourd’hui2. Et pis qu’tout ça c’est qu’des gignoleries. D’accord coco, mais tu trouves pas qu’il est quand même bizarre l’amour viril de tous ces messieurs pour l’autorité ? Tu trouves pas qu’la politique, la virilité et la transgression, elle font quand même un bien drôle de carambolage ? A bas la pensée unique, à bas l’politiquement correct ! Tu reprends pas en chœur ? Sale temps quand des couillons d’gauche s’entichent, par dégoût, des pires des thèmes de droite. Sale temps quand la différence entre la droite et la gauche de gouvernement est tellement millimétrique, qu’le Chevènement peut dire à la fois qu’il est à sa gauche et séduire la droite. Et le pire c’est encore qu’il a raison, et qu’il ne fait rien d’autre que d’rejouer la musique qu’ils nous avaient déjà servis dans les années 1930, les Déat et autre crapules qui passèrent du socialisme au fascisme français, l’copain Terray l’a bien montré3. Dans l’brouillard et les sables mouvants, Jacques Chirac, en modéré, préfère marier l’autorité avec la passion plutôt qu’avec la virilité et la transgression, Arlette côtoie les paillettes vieille France et Besancenot la jet-set, Christian Blanc, pédégé mégalo, peut croire que l’heure de la prise du pouvoir est venue, demain, ça sera Jean-Marie Messier en homme providentiel… Y paraît qu’on est en pleine campagne électorale, qu’la campagne électorale, c’est pour éclairer le vote et qu’le vote c’est la démocratie. Y’a un groupe de Punk américain des années 80 qui disait ça comme ça (avant de s’faire interdire) : Bed time for democraty4. Comment qu’ça s’traduirait ? Au dodo la démocratie ? Connasse mal baisée, j’vais t’soigner ?
(1) « L’encombrant soutien de Houellebecq à Chevènement, les œillades de la jet-set à Besancenot », in Le Monde, 18/02/2002, p. 6. (2) Comme le dit U. Ecco dans un récent entretien à Libération. (3) E. Terray, « Ordre, autorité, nation », in Le Monde, 11/12/2001, page débat. Cet article, ça vaut vraiment l’coup d’le lire, soit sur le papier, soit sur le net (http://www.lemonde.fr/recherche). (4) Dead Kenedys, Bedtime for democracy, Alternative Tentacles Records, 1986. |
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