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Retour © Passant n°48 [avril 2004 - juin 2004] par Sarah Saada Dix-huit octobreChant d’amour réactionnaire aux non-disparusvermine – déjà de l’autre siècle
tabac – déjà de l’autre siècle soulier – moustache – intraçabilité – avortement même crissement de la pluie toutefois la nuit aux fenêtres autre temps la nuit (milles images d’une image) n’effraye plus les corps qui se protègent la fendent ces corps ne savent rien du silence mais vous – vous traversez la ville ville à peine peuplée de signes, sans vitesse – vous traversez la ville comme l’enfer l’a traversée vos vêtements vous recouvrent comme de lierre, de terre (la femme au visage de moineau brûlé) vous n’êtes pas triste vous sifflez il pleut quelle merveille l’humanité sera lavée nettoyée asservie puis lavée encore (Grandes Eaux sanctifiées de javel) putréfaction – hygiène – d’un siècle l’autre mort ? – hors de prix – du siècle présent violence neutre lumière artificielle sur les ondulations de métal circuits œuvrant à la vitesse des lumières crues père et mère ? – à voir… corps sans age ne couvant plus que leur désœuvrement actif enlisement d’un quart de siècle (voix : pour mourir il faudra vraiment le vouloir) vous avez tourné votre visage et je vous ai vu vos vêtements comme de terre de lierre – non : choisis – je les ai vus et vos yeux plus que votre sourire : vos yeux vous ne me voyez pas vous ne pouvez pas me voir je vous regarde à distance la Très Grande Vitesse n’y pourra rien vous vous courriez n’est-ce pas ? c’est cet après-midi de septembre d’août ou cet après-midi d’avril comme je vous vois vous êtes l’homme et la femme l’homme et la femme – ensemble (mais s’il le faut que l’on puisse sans souffrir les séparer) l’odeur de mort – non vous vous ne pouvez pas mourir encore elle vous pénètre encore (parfums de fête foraine d’asticots à Grande roue) les visages ont été transformés l’enfance ni l’adolescence ne les quittent plus voyez-vous les visages ? avez-vous songé regardant le ciel à tout ce qui disparaîtrait ? locomotives – terres vierges – vergers ? que les corps enfin s’accomplissent en maîtres collectivités : peaux propres Je de salive leur communion stérile leur frénésie de contagion le danger d’où vient-il ? et comment dire le mot d’accomplissement ? vous le mot l’avez-vous dit ? comme les chemins sont larges regardez comme les chemins sont larges des étendues désertes on a fait des chemins empruntables en masse – faits pour être : déserts – quoi d’autre ? (voix : vous ne pourrez pas dire que l ’on ne vous avait pas prévenus) mouvement : de haut en bas de l’intérieur vers l’intérieur écrire ? – taper – effacer lorsque la mémoire sature rien que l’on ne puisse remplacer rien qui ne puisse être dit rien qui ne puisse être fait de bocal citoyen à bocal citoyen les clapotis d’indignation du bout de l’ongle seul gratter sa chance le danger d’où vient-il ? du ciel – cela n’a pas changé chercher plus bas grondent-ils chercher les responsables Le trouver ? non les chercher il n’y a plus rien à trouver vous parlez je ne vois plus que vos lèvres votre voix ne porte pas ni n’accomplit plusieurs fois le tour de la terre l’air est tiède, mais vous frottez vos mains doucement l’une contre l’autre, tout en parlant – du frottement de vos mains s’élève un fin nuage poussière dorée (vos mains les mains anciennes mains qui ne voulaient pas apprendre à travailler – mais qui pensaient le monde) l’enfance, c’était lever les yeux et voir le père la mère – puis cela mourait – comme éclosait alors (dans les yeux qui cherchaient plus bas presque en face et qui ne ramenaient plus le couple de tisons diamants fruits interdits mais le cercle indécis sous la paupière enfin vieille) la colère d’être ou de n’être plus de ces deux-là : l’enfant – puis cela aussi mourait – et c’était l’âge adulte – et l’on voyait clairement que ces deux-là mourraient – cela n’existe plus ce temps ces morts ces corps n’existent plus – séparations anéanties berges noyées – un seul flux nul que l’on ne puisse remplacer rien que l’on ne puisse devenir toute chose : à portée de la main vos mains à vous se sont tendues au plus loin sans espoir d’en rien ramener et ce rien-là comptait non vos mains entre vous et moi : la terre devant nous : l’eau que sera-t-il resté de vous que l’on puisse tenir dans sa main les mots pour dire votre regard le ciel se couvre le jour brûlera encore, je le sais vous êtes la femme soumise aux foudres regard perçant sous la douceur des mains vous êtes l’homme qui parlait une autre langue la langue ancienne mains à tordre des cous yeux éperdus d’amandiers en fleurs vous êtes toute la douceur la beauté du visage jusqu’au visage du paysage vous êtes la langue – et ce qui tord – les amandiers en fleurs entre nous : la terre à peine le chiffre et votre nom l’enfer se retire vous êtes là vous allez moi j’aurais voulu naître en mille huit cent trente-deux oui mais votre main qui caressait des lèvres et d’autres mains je la caresse (l’encre séchée avant mes premières peurs séchées) je vous regarde où êtes-vous ? se reproduire n’est-ce pas vous ne croyez pas c’est la seule chose à faire comme je vous vois vous votre pas vos fureurs indomptées qui vieillissaient le bleu du ciel fertilisaient la terre inhabitable – vergers, encore ? – et vos amours – lumière qui jamais ne faiblit – impossibles interdits de cela vous ne vous effrayiez pas à l’impossible votre corps avait son mot à dire comme aux caresses d’un siècle l’autre comme aux mains invisibles intelligence de votre corps sous les amours le ciel les foudres non chut à la croisée de tous les possibles mais pas à pas gagnant les champs hostiles, les terrains vagues non pour les conquérir mais pour s’y perdre s’y perdre s’y perdre encore lentement méthodiquement à l’heure des vies errantes juifs chats herbes sauvages quelle importance ? là se dressait votre royaume oui vous étiez chez-vous là-bas étranger attentif à vos côtés s’avançant de son pas de vierge la chose à venir chose née de vous sortie de vous – c’est la seule chose à faire – rendue au monde sans plus de douleur qu’il n’en coûte pour de sa chair délivrer la chair oui – vous fûtes délivrée alors la chose dort sous mon bras cette vitesse du bord de l’eau si vous saviez non nous ne pourrons nous y donner rendez-vous c’est fini ni y noyer le mari entre les arbres l’amour va disparaître oui sans doute – déjà de l’autre siècle le troisième millénaire – cela vous impressionne ? nous sommes le dix-huit octobre deux mille trois
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Soutenez-nous ! Quatre principes et neuf propositions Recevez les infos du Passant L'Autre Campagne : un livre, un site Filmographie Appel national du réseau éducation sans frontières Appel du Conseil National de la Résistance Nouvelle collection Récifs Kit Keuf Uni(e)s contre une immigration jetable Prochain numéro l'inhumain NON LA DOUBLE PEINE N’A PAS ETE ABOLIE ! Avec la loi du 26 novembre 2003, le Ministre de l’Intérieur prétend avoir aboli la « double peine ». Il n’en est rien. Le Passant recherche des traducteurs Se faire soigner sans se faire arrêter La circulaire ministérielle du 21 février 2006 , adressée aux préfets et procureurs, explique dans les moindres détails les modalités d’interpellation des personnes sans titre de séjour. Passant Ordinaire n°50 Plusieurs centaines d'ONG et d'élus européens s'opposent à la création de camps Asile donné, asile respecté
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