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Retour © Passant n°49 [juin 2004 - septembre 2004] par Vincent Houillon La nuit disparaîtPoésie journalière(aliénée du Journal du soir, le soir réel du 30.10 2003,
Si la modernité s’est nommée elle-même comme le temps de la sortie des ténèbres dans les Lumières, la réalisation de la La nuit est bien toujours là mais trouée de lumière, zébrée de faisceaux, réduite à l’extrémité du halo lumineux de la puissance éclairante de la méga-pôle, repoussée aux limites de la conscience perceptive. La nuit, retrait du monde, se retire du monde ; la technique tire un trait sur le retrait nocturne, gardien du jour du monde. La technique a-journe la nuit, la fait disparaître comme réserve du jour et secret du jour : le jour est sans secret, observé sans cesse sous les objectifs de la visibilité. La nuit ne dit plus rien au jour qui, dans la disparition de la nuit, disparaît comme jour du monde, comme monde journalier, hospitalier depuis sa réserve de nuit. La technique monopolise le jour.
La transformation de l’humanité advient dans la disparition de la nuit ; l’humanité nocturne, en lutte avec sa propre nuit, disparaît sous l’humanité diurne, oublieuse, affairée au spectacle du monde. La nuit accueille la pensée et l’humanité pensante. Il faut penser la nuit. Comme l’écrivait le philosophe tchèque Jan Patocka : Prose journalière politico-alternative : méditation de la disparition de l’alternance de la nuit et du jour Pour une alter-nuit ! Un autre monde est possible ? Est-ce la nuit ? Le monde nocturne ou le monde qui laisse être encore la nuit ? La mondialisation éteint la nuit et étend sa nuit. Prose journalière utopique : la nuit est-elle la nouvelle utopie ? Nous sommes à une nouvelle époque des lumières : le destin de l’époque des Lumières est de s’achever dans l’époque des réverbères – et des chiens qui y pissent, à leur pied dans une irrévérencieuse provocation qui, dans la domesticité de l’animal sans crocs, conserve la nuit pour les aboiements à la lune. La technique, qui dans un ultime sursaut reprenant la réserve de sa puissance, pourra-t-elle garder la nuit, la préserver dans l’invention d’un nouveau projecteur, gigantesque à sa propre démesure, qui n’éblouit pas la nuit et la fait fuir ? Le salut de la nuit proviendra-t-il de la technique ? Ou de l’art, capable de laisser apparaître la nuit comme nuit ? Qui nous rendra la nuit ? Poétisation de la prose du jour (sans plagiat de nuit) Le Triomphe du jour s’accomplit dans le Journal, dans la puissance nihiliste de son tirage vers le jour. Pourtant le grand Journal, qui est un journal du soir, entre chiens et loup (aboyant lui-même avec les loups, devançant les loups et parfois s’y substituant…), mais qui semble honteux de sa parution nocturne qu’il dissimule dans l’édition datée du jour suivant (le journal du soir fait disparaître la nuit), le Grand journal aurait le remords de la disparition de la nuit et s’inquièterait de ladisparition de la nuit (ou s’inquiète-il seulement de la condition de sa distribution qui a lieu à la tombée du jour ??). Méthode de poétisation : Mettre en nuit, sans spectacle, le texte du journaliste Benoît Hopquin du Monde. Espacer le jour, le noircir. Dilater les polices, les noircir. Répéter les mots au grand jour dans l’écho de la nuit. Ouvrir une parenthèse pour suspendre le cours du jour et offrir à la nuit un refuge. Barrer la nuit pour la laisser apparaître comme nuit.
sont en voie d’extinction, La multiplication multiplication multiplication multiplication multiplication des éclairages artificiels prive l’insecte de son milieu naturel : LA NUIT D’où une chute des populations constatée par les entomologistes, Sept millions d’éclairages urbains entretiennent un clair-obscur jusque dans les villages les plus reculés. Les astronomes ont été les premiers à donner l’alarme. –oh ! Oh ?- Certaines communes mettent en place des éclairages plus directionnels, moins violents. Paris, la Ville-Lumière, essaye de réduire son halo qui se distingue jusqu’à 150 kilomètres de la tour Eiffel. Ainsi la Mairie jure ses grands dieux que les nouveaux projecteurs qui mettent en valeur Notre-Dame n’empêcheront pas de contempler les cieux.
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