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Retour © Passant n°49 [juin 2004 - septembre 2004] par Philippe Rouy Regard-caméraNotes sur le seul plan animé du photo-roman La Jetée, … ses yeux s’ouvrent… elle me regarde… Un battement de paupières est toujours un enjeu de cinéma. Un regard est toujours le fruit de la nuit qui le précède. Elle le façonne, image par image. C’est par elle que le « vu », passé au tamis du sommeil des heures durant, devient regard. Le regard est une accumulation de mémoire, la nuit en est son instrument sélectif. Sans elle, pas de rétention du souvenir. Sans souvenir, aucun regard. Et le monde échappe. Le regard, comme vision du monde, est d’abord une élaboration nocturne. Dans un monde post-apocalyptique aveugle, celui de La Jetée, la sortie des ténèbres passe alors par Dans cette nuit volée, l’homme parcourt et assemble ses propres images. Des images-souvenirs et des images-fantasmes. L’histoire d’une femme aimée. Un regard qui attesterait peut-être de son humanité dans un monde éteint. Un regard à la lumière d’une nuit qui s’achève : l’image d’une femme endormie qui se réveille. … Ses yeux s’ouvrent… Elle me regarde… Éveil cinématographique d’un regard amoureux. … Ses yeux s’ouvrent… Elle me regarde… Isolé au milieu des images fixes qui composent le film, ce battement de paupières, cette seconde de lumière, est l’origine et l’horizon de La Jetée. L’aboutissement d’une quête d’altérité par l’avènement cinématographique d’un regard posé sur soi ; le point de départ d’un voyage nocturne dans la mémoire de celui-ci. Une nuit pour un regard. Un regard dans la nuit. … ses yeux s’ouvrent… elle me regarde…
* La Jetée est disponible en DVD chez Arte vidéo. |
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