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© Passant n°50 [octobre 2004 - décembre 2004]

Toi, moi et le pénitencier font trois

L’incarcération de masse et la transformation d’une idylle

Pour des millions de couples vivant aux Etats-Unis, il est un troisième élément qui entre en jeu dans l’expression au quotidien de la relation de couple et dans l’évolution à long terme du dévouement, du désir et de l’attente amoureuse. Le coupable n’est pas dans ce cas un beau-parent ou un nouveau-né mais plutôt un système judiciaire qui met sous les barreaux 715 habitants pour 100 000 (contre 98 pour 100 000 en France) dont la majorité est pauvre et afro-américaine ou hispano-américaine.
Pour ceux des 2,1 millions de détenus qui essaient de maintenir une relation amoureuse depuis leur geôle, les autorités judiciaires deviennent de facto des chaperons qui gèrent et contrôlent les lettres qu’échangent les couples, leurs coups de téléphone et leurs visites. Même quand les gens sortent de prison et sont libres de rejoindre leur partenaire dans le monde « libre », l’institution judiciaire les poursuit, en la personne d’agents de probation ou de conditionnelle qui sont autorisés à perquisitionner domiciles et véhicules personnels à toute heure du jour et de la nuit, et à mettre fin à tout moment à la liberté d’un être aimé pour le motif le plus futile. Il n’est pas surprenant que certains couples ne puissent résister à ces pressions et choisissent de mettre fin à leur liaison, alors que d’autres ne parviennent à survivre qu’en payant le prix fort, et retirent de leur expérience un profond sentiment d’amertume, d’humiliation et de tristesse.
Cependant il y a d’autres couples pour lesquels – étant donné la carence de l’Etat-providence américain – l’intrusion de l’institution judiciaire dans leur vie personnelle apporte un « soulagement » paradoxal face à l’ensemble des problèmes et des pressions socio-économiques qui mettent leur lien en péril. Tel est le cas d’Erica, l’une des cinquante femmes que j’ai interrogées lors d’une étude ethnographique sur l’impact de la politique d’emprisonnement des USA sur les femmes dont le partenaire est incarcéré. Comme on le voit dans le portrait détaillé ci-dessous, cette (../..)

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