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© Passant n°50 [octobre 2004 - décembre 2004]

Comment ils se sont disputés

Pourquoi passer sa vie à deux plutôt que tout seul ?
La question est une question philosophique, métaphysique même. Stanley Cavell n’a cessé, dans son ouvrage classique À la recherche du bonheur, consacré à la comédie hollywoodienne « du remariage » mais aussi dans tout son travail récent (son livre sur le mélodrame, Contesting Tears, et ses livres consacrés à Ralph Waldo Emerson), de démontrer que non seulement la question du couple et du mariage est une question philosophique (cela, d’autres l’ont dit, et ce n’est pas forcément intéressant), mais qu’elle est LA question philosophique, rivalisant avec les questions traditionnelles : Que puis-je connaître ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
Cavell a examiné le cinéma hollywoodien, dont on peut remarquer qu’il s’est, pour la majorité de sa production, centré sur la question du couple.
Le succès permanent de la comédie romantique ou du mélo, de « l’histoire d’amour » comme matériau de base de l’œuvre cinématographique n’est pas un hasard. Le cinéma est le lieu privilégié de l’invention du couple. Une étape cruciale de cette invention s’opère dans un ensemble de films de la période classique de Hollywood (1934-1947), qui sont tous construits sur le même schéma : un couple se sépare au début du film, et se réconcilie à la fin. Quiconque va régulièrement au cinéma (et ne snobe pas la production standard) s’apercevra que ce modèle, tout en étant emblématique du cinéma classique, est aussi une recette éprouvée et très actuelle : d’Abyss de James Cameron, à Quand Harry rencontre Sally de Rob Reiner, de Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, à Intolérable cruauté de Joel et Ethan Cohen, le remariage est un fil conducteur inévitable ou minimal (on remarquera sa présence régulière dans les films-catastrophe, comme Twister ou Le Jour d’après, qui voient le couple en crise se retrouver à l’occasion d’une menace de fin du monde).
Pourquoi la comédie du remariage est-elle une structure aussi importante ? La spécificité de cette forme est de nous mettre en présence d’un couple déjà constitué, sans qu’il y ait à raconter la rencontre, les étapes de la constitution du couple (parfois rappelée par touches). La comédie du remariage est ainsi plus apparentée à ce que Northrop Frye a appelé « Old Comedy » à la Shakespeare qu’à la « New Comedy » : il ne s’agit pas, comme dans la comédie romantique, de montrer un jeune couple qui surmonte progressivement (../..)

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