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Edito du Passant n°44 - Banlieue du monde
[avril 2003 - mai 2003]

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Elle était annoncée. Elle est là. Une guerre pour remodeler le monde. Une guerre malgré une mobilisation mondiale. Une guerre mondialisée visant tout particulièrement une partie du monde qui présente l’une des caractéristiques les plus fréquentes de la banlieue : elle renferme la population la plus déshéritée, la plus démunie. On a tant écrit sur les causes et les conséquences de la guerre ! Pétrole ou affirmation d’une toute puissance quasi-impériale ? Quoiqu’il en soit, cette guerre mondialisée indique que notre monde a changé. Les Etats-Unis déclarent aujourd’hui que le monde se divise en un espace intérieur où peut régner le droit, et en un espace extérieur où il doit être suspendu dès qu’il est contraire à leurs propres intérêts (qu’il s’agisse du protocole de Kyoto, de la Cour pénale internationale ou des résolutions de l’Onu ; Guantanamo n’en est que l’illustration la plus caricaturale). Banlieue du monde : le monde comme un espace étranger, périphérique, mais sous contrôle du centre, un espace en permanence écouté et observé à distance, un espace dont l’ordre est assuré par des intrusions violentes. On comprend trop bien ce qui en découle pour les rapports entre les nations et les espoirs de régulations internationales. Mais voit-on aussi bien ce qui en résulte à l’intérieur des pays du nord et du sud ? Le ballet diplomatique et l’opposition officielle à la guerre sont un théâtre d’illusions : alors qu’ils s’achètent une bonne conscience, humaniste et universaliste, les gouvernement français et allemand poursuivent en sous-main leur « guerre » contre les chômeurs, les prostituées, les retraités et les autres galériens de la précarité. Pendant ce temps, le FMI continue de ravager l’Afrique et l’Amérique du sud. Ici comme là-bas, c’est particulièrement dans les banlieues que se développent ces injustices et ces souffrances qui toujours, mais aujourd’hui plus encore, tendent à disparaître derrière l’écran de fumée de la médiatisation spectaculaire. Que la situation des quartiers de relégation sociale soit tout simplement passée sous silence ou que l’on braque au contraire sur elle les projecteurs médiatiques qui renforcent la bêtise politique par d’inquiétants fantasmes, la banlieue reste l’objet de ce confortable aveuglement qui a permis depuis des décennies de la laisser tranquillement glisser vers le pire. Il est temps de porter sur elle un autre regard, de comprendre qu’elle constitue une formidable caisse de résonance pour les problèmes politiques et économiques nationaux et internationaux, de cesser de réduire les problèmes sociaux à l’insécurité ou à l’effet de cultures minoritaires et étrangères, de s’inspirer des projets politiques qui émergent de la banlieue elle-même. La banlieue ne peut se réduire à quelques poches d’exclusion sociale aussi localisées que marginales. La banlieue est partout, y compris dans nos centres-villes. Image de toutes les banlieues du monde et de toutes les inégalités de l’économie globalisée. Elle pose l’enjeu politique de ce monde invivable dans lequel il nous faut vivre.

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