Roman 
Raymond et les promeneurs 
  Préface
 
VENDREDI
  17 heures 05
  17 heures 45
  18 heures 00
  18 heures 40
  21 heures 30
  23 heures 00
  23 heures 30
  0 heure 10
  0 heure 12
  0 heure 29
  0 heure 54
 
SAMEDI
  1 heure 30
  4 heures 00
  4 heures 18
  7 heures 56
  9 heures 00
  11 heures 45
  13 heures 18
  14 heures 38
  14 heures 45
 
DIMANCHE
  8 heures 00
  10 heures 30
 
  Epilogue
 
"Coupable ou innocent, ce qui importe, c'est de bien vieillir… "
Orson Welles : " La dame de Shanghai "

8 h 00, Brigade de gendarmerie, Médoc 33.

Maynard, le brigadier, l'inventeur du concept local girondin de " mérou ruteux ", était en grande conversation téléphonique avec son collègue d'Aire sur Adour, un cousin par alliance.
Les brigades se contactaient au sujet de faits troublants qui pouvaient éventuellement se trouver en lien. Le cousin se lamentait depuis le début de leur communication :
- Je suis obligé d'amener mon ordinateur perso à la brigade, je teuuuh dis ! Mon gosse gueule comme un putois ! Je lui avais offert pour Noël ! Pareil pour le téléphone portable ! J'ai celui de ma femme. J'ne te dis pas ! C'est ça ou on se prend à la gorge entre collègues ! Du coup, putaiiingg, j'me prends la tête avec Monique, ta cousine… Si c'était possible, je demanderais mon intégration dans la Police nationale !
-Tu sais, ici, pas mieux. Je suis d'astreinte ce week end alors que ce n'est pas mon tour. Tu as toujours des petits malins qui savent tomber malade au bon moment.
Bon ! C'est pas tout ça : on est depuis deux jours sur une étrange affaire. Deux incendies volontaires, des morts curieux… Le témoin : un dingue ! Il pense avoir reconnu Chirac et Rocard. Ensemble les deux ! Ah ! Ah ! Tu te rends compte ? Tu vois le genre ? Et pourquoi pas Jospin ou Le Pen, dans le même panier de crabes ! Tu vas voir que la D.S.T et la D.G.S.E ne vont pas tarder à débarquer chez nous !
- Bè, mon colon, t'estounes ! Nous, c'est pareil ! Ca remue un peu beaucoup dans le secteur. Y a un boulanger, d'origine bosniaque, qui a grillé tout seul dans son four à pain, à Monségur. Un village, plus haut. Personne ne comprend. Les gens parlent d'un phénomène de combustion spontanée… Ca a foutu le feu à une grande partie de la bâtisse. Et puis il y a cette caisse qui s'est transformée en chalumeau, vers Nogaro : rien ! Il ne reste plus rien ! Même pas de cadavre visible… De la poussière carbonisée ! Un gus suivait d'assez loin : il a vu une flamme devant, gigantesque, et puis schhlouuuff ! Personne ne réclame de corps ! On vérifie les agences de tourisme, pour voir… La police scientifique est à pied d'œuvre. Le véhicule a explosé de manière déconcertante. Et, ce matin, une grosse cerise véreuse sur le clafoutis déjà foireux : on vient de nous signaler un cadavre criblé de bastos dans une baraque abandonnée, au bord de la R.N. Du travail en perspective…
- Les temps changent. Les prodiges se multiplient, cousin ! Mauvais signes. Et cette putaiing de tempête ? Qu'est-ce t'en dis ? Hein ? On n'a pas chômé !
- Tu l'as dit, cousin… Tout est détraqué ! T'as qu'à voir ! Fais le compte : l'effet de serre, Tchernobyl, les marées noires, la violence partout, les tags ! Putaiiinng de temps ! Putaiiinng d'époque ! Bientôt la canicule, prochainement les criquets ! On en prend plein la gueule !
- Burp ! Buuurp… Excuse, conclut le gendarme Lapassade.
Il était poliment en train d'éructer dans le combiné. Depuis un certain temps, il se sentait ballonné après les repas. Une forme d'allergie ? Suite aux tracasseries diverses ? Avec toutes ces vaches folles qui vous encerclaient, jusque dans le Gers… Qui pouvait dire ?

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© Août 2003