Roman 
Raymond et les promeneurs 
  Préface
 
VENDREDI
  17 heures 05
  17 heures 45
  18 heures 00
  18 heures 40
  21 heures 30
  23 heures 00
  23 heures 30
  0 heure 10
  0 heure 12
  0 heure 29
  0 heure 54
 
SAMEDI
  1 heure 30
  4 heures 00
  4 heures 18
  7 heures 56
  9 heures 00
  11 heures 45
  13 heures 18
  14 heures 38
  14 heures 45
 
DIMANCHE
  8 heures 00
  10 heures 30
 
  Epilogue
 
10H 30, Environs de Lourdes.

Le dimanche matin, Noé et Raymond dormirent tard. Ils étaient devenus inséparables. Ils se rendirent ensemble, durant l'après-midi, à Lourdes. Ils voulaient visiter la ville.
Raymond se payait une crise de foie épouvantable. La migraine l'affligeait comme jamais. Et il avait une de ces gueules ! Les coquards, le plâtre, lui donnaient un aspect grotesque et effrayant. Il avait mal partout…
Il fit, à l'occasion de la visite, l'inventaire des autres misères du monde.
Noé avait emmené son appareil photo : un Agfa Silette des années cinquante. Une véritable pièce de collection. Cela faisait partie de son attirail de chercheur africain. Ils se prirent mutuellement en photo ; puis en compagnie de plusieurs bonnes sœurs. Certaines de ces religieuses venaient des Philippines ; l'une d'entre elles les cadra, gentiment, bras dessus, bras dessous, au milieu d'une tournée d'Ave générale.
Un peu plus tard, Raymond se rendit seul jusqu'à la basilique, parmi les chaises roulantes et les grabataires. Il avait laissé Noé devant une pression dans une grande brasserie pour pèlerins assoifés et affamés. Le rade s'appelait le " Miam-miam " ; ou un truc comme ça…
Il parcourut quelques ex-voto : " Merci à Dieu pour ma sœur Emilienne. 17 janvier 1967 " ; " Jésus Sauveur. 11 Avril 1934 ".
A un moment, il pénétra dans la crypte, se planta à genoux sur un prie-Dieu, et demanda à haute voix :
- Pourquoi ?
Il insista :
- Dieu des Chrétiens, de tous… Pourquoi ? Perque ? Patchiemou ? Warum ? Comment faut-il vous le dire ?
On le prit pour un illuminé, un malade. Un appariteur lui demanda de garder son calme ou de quitter immédiatement les lieux. Il fit un effort surhumain pour ne pas lui rentrer dedans. Il décida d'aller faire brûler un cierge à la grotte. Pour le petit Lemmy. Il en alluma deux ou trois de plus : pour la Familia, ses amours, les innocents. Ca devait être valable, même pour un mécréant comme lui.
En quittant les lieux, Raymond ramassa un morceau d'ardoise : il traça sur le mur de la basilique un ex-voto de sa composition. Il remercia Dieu et ses saints de leur miséricorde : "Bien des fucks à vous, Raymond. Fin d'un putain de millénaire ! Encore bien le bonjour ! Au suivant !"


Maintenant, rentrer, partir… Compter sur un miracle semblait exclu. Fallait mettre de la distance. De toute façon, bien ou mal, il irait chercher Panxika, lui dirait ce qu'il pourrait. Il lui demanderait d'être sa compagne, ici, là-bas, ailleurs, au bout du monde. Le lieu, il s'en foutait. Peut être le suivrait-elle ?
Il avait simplement envie de continuer ; d'avoir de l'avenir ; de faire des projets ; de se laisser du temps à vivre et à aimer. Ce qu'il voulait, il le sentait très fort, c'était un gosse avec Panxika. Fille, garçon, les deux à la fois, ça aussi il s'en foutait. Il avait bien trop piétiné, gesticulé jusqu'ici. D'un seul coup, il y eut comme une embellie, un coin d'azur dans la tempête des instants. Il espérait que ses burnes blessées demeureraient en capacité de remplir leur fonction de base.
Une seule fois, deux, peut être…
Cela suffirait.

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© Août 2003