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7h56,
Route de Balizac.
A l'arrêt, Raymond réalisa beaucoup mieux la force du vent : La berline était branlée, soulevée par les bourrasques. Elle s'agitait, prise de soubresauts, comme si un vilain garnement la tirait par une corde et tentait de la transformer en un gros cerf-volant.
Raymond tenait son 22 en pogne ; prêt à tout. On n'allait pas se laisser mourir comme ça ! Jusqu'au bout ! Et que le cul leur pèle !
Le passager du premier équipage sauta de la moto. Il pointait droit sur Raymond son fusil à pompe. Il savait le tenir ; l'épaule bien en place ; l'avant bras aussi. Il y eut un instant d'éternité. Chacun prit un cliché de l'autre. Pour Raymond, ça se limita à la visière opaque du Terminator… Les deux hommes se comprirent sans rien dire. Raymond sortit, l'arme à la main. Le heaume intégral fit signe à Raymond de jeter son revolver. Le gun fixait toujours Raymond. Raymond obtempéra. Ca sentait la transaction plus que l'exécution. Tout au moins il l'espérait. De toute façon, il était trop tard. Pour les uns et les autres. Fallait que ça cause !
- Tu veux quoi " Chevalier inexistant " ?
- Tu te fixes ! On vient ! La voiture, le camion. On inspecte. C'est la mallette qu'on veut !
Raymond se demanda de quelle mallette l'autre voulait parler ! Ca lui revint : il l'avait complètement oubliée !
- de quoi que tu causes ?
- On dit : la mallette ! Ses propriétaires la veulent de suite ! Trois secondes. Une.
Il était très nerveux.
Dans l'autre sens, une 504 bâchée déboucha du long virage devant. il n'y avait pas beaucoup de courbes dans les Landes. Mais là, vraiment pas de pot pour les " Power Rangers du Vice ". Tout le monde fut surpris de cette arrivée inattendue. Le vent fort, le grondement des arbres malmenés avaient couvert le bruit du moteur.
Terminator planqua, instinctif, son fusil. Il n'en fallut pas plus à Lémuel : il s'agrippa au volant de la mercedes, moteur toujours tournant, et patina tout droit, branquignol, en direction du pick-up Peugeot…
Pépé Joao d'Oliveira, retraité plâtrier de son état, fut aussi fortement chamboulé que s'il avait aperçu un O.V.N.I ! Il évita le choc frontal, dévia vers le lieu du crime, ralentit, accéléra, fit un certain nombre de zigzags, klaxonna, fit des appels de phares, réaccéléra, pour finir par défoncer la kawa 900 du deuxième tandem totalement sidéré.
A pas y croire ! Il se bloqua contre le camion. Tout le monde demeura pétrifié !
Tout ça, presque au ralenti.
Faut dire qu'il venait de s'envoyer une certaine quantité d'alcool. Comme tous les samedis matins. Dès l'ouverture de son débit de boissons préféré : Six heures trente ! Pop ! Pop ! Et Repop ! Un vaillant, le pépé ! Un courageux lève-tôt-le-pied-du-verre ! Et encore : pop ! Pop ! Et même, hop ! Hop ! Parce que, ce matin, il se devait de revenir au logis. Parce que sa femme avait téléphoné au Cercle des travailleurs, peu de temps auparavant. Parce que vu les gouttières survenues dans la maison familiale, suite à l'envolée des nombreuses tuiles. Parce que conséquence directe du fort coup de zef en cours.
- Et pouis parc'qu' 'a télé na marchait plous… Impousshible de shuivre " Infou matin "… D'ailleurs, plou dou tout d'électrichité…
L'interlocuteur de Raymond en leva sa visière de stupeur. Un jeune. Vu la peau du nez et les yeux. Il était troublé ; Enormément. Il y avait de quoi.
L'accident avec la 504 n'avait absolument pas été prévu au programme : certes, il s'attendait à quelque risque, pour ne pas dire plus ; peut être à des échanges définitifs de mitraille… Mais là. Maintenant, il était partagé, indécis : flingué tout le monde ? Courir après la mercade ? Abattre le minable en 504 ?
Pépé Joao sortit de sa camionnette en se tenant la tête : " Houlala ! " qu'il répétait. Et comme si rien n'était plus naturel, il se mit à venir à la rencontre du motard qui braquait Raymond. Il boitait, titubait, sans se soucier un instant de l'autre couple de motards qui gisaient au sol, projetés sous la cabine du poids lourd. L'un paraissait complètement inconscient ; le second rampait, geignant, en direction du fossé.
Pépé Joao déambulait en état de choc. Il avait presque déjà atteint les trois quarts de ses quatre grammes du week-end. Et, ce, en deux heures, à peine ! Un truc à se faire inscrire dans le Guiness book, le bien nommé ! En général il attendait midi. Mais, là, il avait fallu faire vite, parce que le coup de téléphone de Purificaçao, sa femme. Alors un accident par-dessus…
Raymond eut l'impression grotesque de percevoir des petites pensées gazeuses pétiller prés de la fontanelle du vieux. Un peu comme des bulles éclatant à la surface de l'eau. Ou comme de l'air s'échappant d'une vieille chambre poreuse… Ca fusait vers le ciel.
- J'ain essanyé les freins et i' m'ont lâché, compadre… radota, presque inconscient, l'ancêtre lusitanien.
Dés que pepe Joao vint à sa hauteur, le motard lui balança un grand coup de canon dans les dents. Pépé Joao tomba à genoux en hurlant. Il cracha des paillettes d'ivoire jauni et des éclats de plaque dentaire.
Profitant de ce bref mais inespéré interlude, Raymond, d'un geste réflexe de balayage, saisit l'occasion de récupérer son propre pistolet au sol. Le pilote de son interlocuteur repéra aussitôt le mouvement. Il tenta à son tour de se saisir d'une arme dans sa poche de parka, mais les violents coups de vent l'obligèrent à rechercher son équilibre pour maintenir sa pesante machine, une Honda 1100 carénée. Raymond lui tira une 22 dans la gorge. A ras de l'intégral. Le motard eut l'air d'être mordu par un gros taon. Raymond compléta d'une autre balle dans le buffet. Il avait visé le foie. Enfin, il ajusta Terminator, dans la suite du mouvement.
Pas nécessaire : Noé venait de lui ficher, à l'instant, un carreau d'arbalète plein thorax, avant que Raymond n'eût même la moindre occasion de presser la gâchette.
Un rapide l'ami Noé.
Terminator s'effondra vers le sol et se retrouva à coté de pépé Joao. Le vieux, très colère, ivre vivant, la gueule en sang, se saisit de la tige du carreau qui sortait de la poitrine et touilla, féroce, le motard.
Il hurlait : "Disculpe ! O Senhor da P.I.D.E ! Moïte, moïte obrigado ! Faz favor !" (Pardon ! Monsieur de la P.I.D.E ! Merci beaucoup, beaucoup ! S'il vous plaît !)
Le pilote mal en point de la Honda tenta de s'enfuir. A l'aide de sa main gantée, il tachait de retenir l'hémorragie qui jaillissait de l'aorte perforée. Le sang giclait comme d'un tuyau crevé sous pression. Il mit les gaz, enclencha une vitesse. Au bout de quelques mètres parcourus, il s'effondra avec son engin sur la chaussée mouillée ; secoué de spasmes. Ils continuèrent à se manifester un bout de temps avant la fixité.
Pendant ce temps, Noé et le chauffeur lattaient copieusement les motards accidentés. Raymond devina un démonte-pneu qui servait à briser les casques, comme on ouvre d'habitude, en tapotant d'un couteau à bout rond, les œufs coque. Soudain, Raymond entendit un moteur rugir : La Mercedes surgit en crabe d'un pare-feu voisin ; dans un nuage de sable et de fumée. Lemuel avait du forcer méchant sur le champignon. En fait le petit malin avait accompli un tour de quartier par des voies de traverse.
Pas parti le gosse ! Ma foi, le petit Lemmy savait conduire et se conduire. Une bonne recrue ! Se réjouit Raymond.
Il fallait à présent nettoyer cette autre scène de crime…
Ca devenait une habitude.
La pluie redoublait. Le vent aussi. De ce coté là on était tranquille. Peu de bûcherons à tronçonner… Et plus personne à traîner dans les parages.
Le vieux Joao s'était assis sur le talus ; dans la pluie. Il marmonnait des choses en vérifiant les quelques dents jaunies qui lui restaient. Il puait l'alcool comme un alambic, en dépit des puissants courants d'air ambiants. Raymond et Noé se regardèrent…
Son éthylisme de fin de semaine allait sauver la vie du vieux Portosse, mais pas l'empêcher de subir un dernier traumatisme : Noé vint doucement par derrière et l'estourbit d'un coup sec de démonte-pneu enveloppé dans un chiffon sale. Les deux compères disposèrent Papinou dans le pick-up. Pépé Joan reposait comateux complet. Noé lui tapota le crâne ensanglanté contre la cloison de séparation de la cabine et du plateau. Histoire de brouiller, encore une fois, les cartes… Ils devenaient des pros de la mise en scène et du battage d'indices…
A quand une nouvelle donne ?
On persévérait dans le bricolage et le maquillage amateurs. Pas en demander trop. Fallait que cela tienne quelques heures. Juste le temps de se mettre à distance.
Noé démarra le pick-up. Un bruit de frottement s'éleva du capot moteur. Le ventilo venait cogner contre le radiateur. De l'eau pissait sous la calandre. Dans un nuage noir, il manœuvra la 504 de la place passager. Il enfila le véhicule dans un chemin forestier, s'avança sur quelques mètres et planta l'engin contre un jeune pin qui balançait dangereusement dans la tempête.
Noé rejoignit en courant la route départementale sous une averse de pluie battante et de morceaux de branches emportées par le vent.
Noé et Raymond fouillèrent les poches des motards : D'après leurs papiers, l'un venait de Bergerac, deux autres de Bordeaux et sa banlieue, le quatrième du 93… Pas sur, du tout, tout ça… Des petites frappes recrutées à la va-vite ? Des secondes mains fébriles ? Des truands locaux excités par la grande délinquance ? Maintenant, ils étaient, pour le moins, complètement calmés.
Raymond, Noé et le chauffeur, aidés activement de Lemuel, chargèrent à bord du camion les deux bécanes et leurs passagers. Ils utilisèrent le lève-charge électrique.
On allait différencier les scènes. Vu l'état éthylique du vieux, il mettrait du temps à raconter son histoire ; ça prendrait aussi un moment pour que quelque fonctionnaire de police ou militaire y accorde un certain crédit. Bien sur, il y aurait des traces de peinture suspectes. Mais il n'en était certainement pas à sa première bigne de carrosserie.
Raymond ne voyait aucune autre solution : il leur fallait se séparer. La Mercedes était trop amochée. Raymond devait se dégoter rapidement une bagnole de rechange. Vite. Faire appel à Macha ? Risqué. Il réalisa soudain que Bazas n'était pas loin. Béatrice ?
Avec un " coup de pot "…
Des fois la vie peut devenir magique. Il tenta de se rappeler ce qu'elle lui avait dit lors de sa dernière visite : quelque chose… Comme… le mari… qui devait se rendre, bientôt, pour le week end, sur les routes de Bretagne pour se faire soigner la plastique faciale par des marins pêcheurs spécialisés dans la pince de crabe…
Quelque chose comme ça…
Raymond utilisa leur code : il appela, laissa la sonnerie retentir une fois, raccrocha. Puis il rappela. Béatrice décrocha immédiatement :
- Allô ? Elle était prudente…
- Béa ? C'est Raymond !
- Mon gros loulou ! (Décidément, il avait du prendre du poids ces derniers temps…) Comment va ta belle et bonne queue, python lubrique ! Tu me réveilles toute humide… Si t'as l'intention de débarquer de suite, j'amène les enfants chez la gardienne et je suis à toi, ruisselante de cyprine… Comme tu m'as fait languir, démon ! Deux semaines sans te voir… Sans sentir ton pilon magique entre mes cuisses… Le doigt, certes, mais solitaire. Mon seul médicament généri… Bruiiiikk ! Cloung ! Clouc !
Etait-ce les propos ou le mauvais temps qui avait coupé la communication ? En dépit de la tension environnante, son braquemart renaissait, fièrot ; comme une grosse couleuvre réveillée par les premières chaleurs du printemps…
Raymond se dépêcha de tenter à nouveau la communication. Il n'avait pas de temps à perdre…. La sonnerie retentit :
- Oui ? C'est toi qui as coupé ?
- Non ! La tempête sans doute… Voilà : j'ai une bonne emmerde… J'ai besoin de me faire prêter une caisse, mi amore adorata… Celle qu'on m'a passée vient de me lâcher… Un léger accident ! Avec ce bordel météorologique généralisé, ça devait arriver ! Et je suis en plein turbin. Alors je me demandais… Comme je passais dans le coin… Pas loin…
- Raymond vient me défoncer sur-le-champ et je te laisse ma Twingo ! J'ai la Laguna de mon mari au garage. Absent jusqu'à mardi… Parti protéger l'installation d'un établissement de restauration rapide, vers Millau, contre des péquenots qui n'apprécient pas le steak haché au soja transgénique… C'est sans problème !
- Bon ! On se retrouve à la " tôl "…, lapsusa Raymond, euh. Je veux dire à l'étang… Disons, d'ici une heure. Matutinal, non ? Tu auras le temps de déposer tes mômes ?
- Jeanine est déjà debout, devant un café… Suis sure et certaine ! Il y a de la lumière chez elle. Tu sais que je peux lui demander tous les services… Dispo… Inimaginable ! La pauvrette se sait cocue jusqu'à la moelle… Bien profond ! J'incarne Diane vengeresse, l'expression de sa jouissance frustrée… Une tombe… Ma complice, ma sœur ! Je lui raconte tout !
Rassurant…
Raymond aperçut Noé se hisser dans la cabine du camion. Le chauffeur attendait assis au volant, moteur tournant. Le gros six cylindres diesel du poids lourd ronronnait tranquille ; au ralenti. Cela venait en surprenant contraste avec la situation dingue passée et le grondement véhément des coups de vent alentour : un groinn ! Groinn ! Très mantra. La sueur maintenant froide…
Selon toute apparence, Lémuel refusait de grimper à bord du camion. Il se tenait en grande discussion avec Noé. Il lui prodiguait, en même temps, une série de doigts à répétition… Pas vraiment poli, le petit !
- Bon, carissima mia, je te laisse à présent ! J'arrive, ma grosse poulette ! (Tiens ! Il allait se gêner, pour balancer du compliment ambigu…) Est ce qu'on s'embarrassait avec ses propres rondeurs naissantes ? Injuste, quand même. Béatrice était certes potelée, bien en chair… Juste ce qu'il fallait : un cul mafflu, bien ferme. Pas une once de cellulite. Et ses seins ? Et sa chatte ? De beaux morceaux. Rien de bas ! Mais, piccholino Jesus, ça faisait du bien de renvoyer le monte-charge !
- Ciao ! Ciao ! Bambino ! Je t'attends toute moite, mon bon, cul en feu, que dis-je, en flammes ! Le pompier pour toi, la lance pour moi ! Garde-à-vous ! Viens ! Vite, hâte-toi, mon percheron ! Mon bersaglière. N'oublie pas ta plume !
Un autre pin s'abattit en oblique sur la route, juste derrière le camion. Il laissait tout juste la place pour passer sur une file étroite. Il fallait dégager. On risquait l'accident. Personne, pendant un moment, ne pourrait réussir à les rejoindre facile.…
Il paraissait de plus en plus manifeste qu'il aurait du mal à repartir sans Lemuel. Le petit emmerdeur refusait, c'était ostensible, de monter avec Noé et le chauffeur. De plus, Raymond ressentait une sorte de satisfaction à le garder prés de lui… Bien sur, il y aurait l'épisode (un peu chaud, va sans dire !) de sa rencontre avec Béa la survoltée… Il allait se débrouiller pour laisser poireauter le petit Manouche quelque part, le temps du tournoi amoureux qui l'attendait.
Sans se rendre compte de l'implacable environnement freudien de son imagination, il visualisa Lémuel ramassant des champignons pendant que… Une chanson de Gainsbourg lui revint en mémoire…
Il fit signe à Noé d'arrêter toute discussion avec Lémuel et se dirigea vers le poids lourd :
- Lemmy, tu viens avec moi ! Noé, on se retrouve sur la route… Au pire, au point rencontre prévue à l'arrivée…
Le gosse prit un air triomphant, du style : " Mais, enfin, quoi !. J'vous l'avais bien dit ! "
- Monsieur Venturi, commença Noé, je viens juste d'avoir le citerne : Marko et Branko suivent derrière. Ils ont réussi à passer le premier arbre abattu. Ensuite ils l'ont remis plus ou moins en place, à ce que j'ai compris. Ils limitent l'accès. Ils vont nous rejoindre pour plus de sûreté. Ils ont vu passer les motocyclistes… Ils ont vite compris, mais trop tard. Comme nous. Si d'autre surviennent, ils seront cueillis comme il faut par nos amis attentifs.
- Bon ! Parfait ! Je vais aller changer de caisse. Voyez avec Marko et Branko, ou quelqu'un d'autre, qu'ils se débrouillent à faire récupérer la Mercedes. Je vous fais un plan de suite. N'oubliez pas de leur signaler de prendre par l'autoroute ! Après : au petit bonheur pour chacun d'entre nous !
Noé et Raymond se serrèrent la main ; longuement. Ils étaient émus tous les deux. Soudain, Noé éclata de rire. Raymond rigola à son tour. Ils s'embrassèrent.
Il lui tardait déjà de revoir Noé.
Raymond partit le premier. Le camion avançait lentement pour attendre la citerne.
La pluie, brutale, cinglait son visage dans l'habitacle non protégé. Il allait finir par se choper une bronchite commak !
Lémuel, à ses cotés, la bouille trempe, le cheveu pendouillard, paraissait ravi.
.Bon, la radio avait morflé pleins les touches, maravée, mais le lecteur de cassette continuait à fonctionner. Le seul problème, c'était la musique : du cymbalum endiablé, du violon pleureur, le tout totalement nul ! Pas d'autres cassettes… Un peu les mêmes conneries graves qu'il entendait chez lui, dans la caravane, entre deux séries américaines… Cons de vieux ! Mais, putain, il suivait le gadjo… Celui là, il était quand même sympa…Et rigolo ! Un vrai clown ! Pas un vrai méchant ! Un vieux aussi fou qu'un jeune… Comme un père de Johnny Depp !
- Baisse-moi ce bordel ! Putain, t'es sourd ou quoi ?
- Je suis un sourd-doué ! Et je t'emmerde, vieil enculé ! Je nique ta sœur dans la tombe !
Raymond arrêta aussitôt la caisse, fit le tour du véhicule, ouvrit la portière passager, saisit Lémuel par ses frusques. Il le souleva du siège, le tira à l'extérieur. Le gamin tentait de lui filer des coups de pied. Raymond lui balança une claque dans la gueule ; il compléta d'une clé à la gorge et le leva du sol. Le gosse se retrouvait en équilibre sur la pointe des pieds.
- T'as deux secondes pour t'excuser… Après ce délai, j'allume les lumières dans ta tronche de cake, et je te laisse en épouvantail dans la pignada ! Ca va t'apprendre le respect !
Lémuel réalisa qu'il valait mieux s'écraser. Il ne pouvait plus respirer. Raymond desserra son étreinte :
- O.K ! O.K ! Je, je m'excruse ! Coassa Lémuel.
- " Je vous prie de bien vouloir m'excuser ! " Morpion débile ! Apprends à jacter ! Tu pourras faire le chaud quand tu sauras prononcer " je veux-z- et j'exige ! " en faisant toutes les liai-sons nécessaires !. Beaucoup mieux que les " chaussettes de l'archiduchesse sont… " !. Et tu baisses de suite ton accompagnement musical personnalisé !
Raymond projeta " il Monstro " dans le siège passager. Il pensa, une seconde, à détruire la radio. Mais, peut être qu'en la ragassant, plus tard, il pourrait obtenir un semblant d'information…
Lémuel avait eu juste un tout petit peu la trouille. A peine. Même pas mal ! Pas mal du tout ! Que dalle ! Il avait surtout eu peur de se retrouver tout seul, au milieu des pins. Il n'avait pas touché au couteau, au fond de sa poche. Il ne savait pas pourquoi… Il se vengerait du vieux narvalo, un de ces quatre… Ce connard, en plus, il commençait à sentir quelque chose avec lui. Il allait morfler d'autant plus. Pour qui il se prenait le gadjo ? Pour son père ? Son vrai, il était mort : de la " six-roses " et d'un cancer du " tube des os sages " : les deux à la fois !
Fusillé !
Raymond alluma sa cigarette dans la pluie et le vent. Son Zippo résistait à tout. Pas encore perdu… Un signe !
Raymond, pour se calmer, en profita pour aller inspecter la fameuse mallette que les autres voulaient récupérer presto !
Il découvrit dans la malle de la mercade un tournevis et une massette au milieu d'autres outils épars.
A force d'insister, Raymond réussit à ouvrir la valisette en alu. Il fit sauter les fermoirs des serrures. Il devina à l'intérieur un entrelacs de fils et de matériel électronique qui entouraient une masse sombre, recouverte d'un linge spécial -comme un film plastique- légèrement translucide : quelque chose comme une méduse échouée. Une petite lumière scintillait à l'intérieur. Raymond y voyait très mal : la pénombre du coffre en opposition avec la lumière crue du jour, ne permettait pas à ses pupilles d'ajuster convenablement sa vision. Et puis il n'allait pas mettre des lunettes devant le gosse. Et, vu la pluie qui tombait toujours aussi drue et violente, il n'était pas question d'approcher le container de poche de la lumière du jour…
Qu'est ce que c'était cette merde gélatineuse ?
Raymond hésitait à y mettre les mains : Savait-on jamais ? Certainement du matériel scientifique… Mishka l'ours et Olga la belette devaient traficoter large. Ils sortaient, très certainement, du matosse classé expérimental made in ex-U.R.S.S… Fuite généralisée des cerveaux et des produits révolutionnaires… Direct le monde libéral : tout à vendre, rien n'à jeter. Même et surtout le pire. Peut être que cette gélatine représentait un restant du néo-cortex d'un génie malfaisant du monde scientifique transsibérien…
Raymond se trouva imbécile. Il supputait, comme un con, une intrigue digne de quelque mauvais manga…
Le contact d'un gosse ne lui valait rien…
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