Roman 
Raymond et les promeneurs 
  Préface
 
VENDREDI
  17 heures 05
  17 heures 45
  18 heures 00
  18 heures 40
  21 heures 30
  23 heures 00
  23 heures 30
  0 heure 10
  0 heure 12
  0 heure 29
  0 heure 54
 
SAMEDI
  1 heure 30
  4 heures 00
  4 heures 18
  7 heures 56
  9 heures 00
  11 heures 45
  13 heures 18
  14 heures 38
  14 heures 45
 
DIMANCHE
  8 heures 00
  10 heures 30
 
  Epilogue
 
0 heure 10, chemin de la Caussade, Bruges, Première exploitation.

(Récit-fiction - comme les autres qui vont suivre - reconstitué et élaboré après visites et entretiens auprès des différents protagonistes et victimes)


Didier et Gisèle reposent. Ils viennent de se chicaner à propos du programme télé. Gisèle, depuis quelque temps, a des prétentions : elle impose les émissions débats : style " Ca se discute " ou " Vie privée, vie publique ".
Didier s'est pourtant offert un kit satellite ; et pas pour visionner trois mectons, en cravate-costard, en train de converser sur les mérites respectifs de leur banquier ou de leur femme ! Il veut voir du sport ! Il adore le sport ! Tous les sports ! Le foot, bien entendu, mais tiens, même le cricket qu'il a découvert lors d'un reportage retransmis du Bengla Desh.
Gisèle l'a emmerdé toute la soirée avec ses conneries de bonne femme. Il a gueulé un bon coup. En parlant de "coup", tiens, le programme de fin de soirée s'achève sur un cnéma bien connu : " Hôtel des culs tournés "…
Didier bourre son oreiller de grandes claques afin de l'assouplir, mais aussi pour se défouler. Même en la cajolant, il ne pourra pas tirer maman ce soir ! Depuis un certain temps, Gisèle fait de plus en plus de manières. Peut être la ménopause ? Dans une émission de Gisèle, ils en ont parlé. Il ne sait pas très bien au juste si cela signifie la fin de toute sexualité pour elle, pour lui… Aller voir des putes ? Avec le sida, faut pas déconner… Et les préservatifs lui rappellent trop les bâches en Nylon des serres… Son concombre… La queue : grosse… et les couilles : de vraies citrouilles… Didier poisse son sommeil, mélangeant légumes et organes génitaux. Du jus gicle partout. Pour un peu, il se sentirait blette.
Soudain, quelque chose explose dans sa tête. Il se retrouve assis sur le lit, totalement égaré.
- Qu'est-ce que c'est ce bordel, nom de dieu !
Les chiens de chasse, dans le chenil, aboient fort. Ca vient de dehors : un mélange de fête foraine, de course automobile. Il saute du lit sans réfléchir, ouvre la fenêtre, pousse les volets : une caravane passe devant chez lui…
- Oh, mamy blouse !
A tous les coups ça va chez Paul Michel ! Un branque qu'il se supporte depuis toujours ! Une famille de branleurs ! De fainéants ! De tarés ! Lui, doit trimer comme un con pour joindre les deux bouts, payer les traites en retard, alors que l'autre enculé bouffe l'héritage : et que je t'roule en char d'assaut de luxe, fiestas, pas d'heures… Et maintenant il le fait chier en direct, après minuit ! Plus aucune retenue ! Nargué à mort… Et ces cons de cabots qui aboient ! Il va te les calmer, à coups de poing sur la truffe, ces bâtards de merde !
Gisèle, dans le lit, n'arrête pas de demander :
- Qu'est ce que c'est, Didier ?
- des amis dégénérés de l'autre tapette d'à coté !
C'est alors qu'il entend un sifflement puissant, suivi d'une explosion. Il y a une gerbe de feux d'artifice blanches, rouges, qui retombe vers les serres, là-bas au fond…
- Oh ! Les enculeurs de grand-mères ! Ils attaquent la propriété ! A la fusée ! Au Scud ! Ca va chier de chier !
Didier, au milieu de sa colère, est profondément troublé : Quelqu'un, à la portière d'une des voitures qui vient de passer, ressemble à s'y se méprendre au président de la république. Pas possible ! Si ça se trouve l'autre tante est un ami de Juppé ! Il entend ses chiens de chasse qui gémissent de peur dans leur enclos. Ils se mettent en chœur à hurler à la mort. Ca va dégager demain ! A moins qu'il n'alerte la gendarmerie à l'instant même !
Gisèle se lève à son tour…
- Didier, mais c'est un feu d'artifice ! Que c'est joli !
- ils vont foutre le feu aux serres, ouaih ! … grogne Didier.
- Je ne sais pas, mais c'est joli… C'est fou, non ?
Gisèle entoure la taille de Didier qui ne tarde point à avoir un début d'érection, en dépit de la situation. Il lui malaxe les fesses de sa grosse pogne calleuse, puis ramène Gisèle vers le lit comme un objet fragile avant de lui sauter dessus. Il vaut mieux passer à table tant que la soupe est chaude ! Il attendra demain pour soigner l'autre…
A chaque Popaul sa fête !


L'autre voisin, celui qui réside au plus proche de chez Paul, profile dans le genre " perdant pas du tout magnifique " : une sale gueule, pas assez de terres, de blé, et une envie compulsive de noyer tout ça… Même pas valable pour un marché de célibataires ouvert à des gonzesses affamées du Tiers-monde. Une éponge à solitude !
De la cibi locale, il est passé à l'internationale. Radio amateur, il traverse la nuit, au milieu des sifflements et des crachotements, balançant des mots codés jusqu'au petit matin. A moins qu'il ne préfère s'endormir, tournebourré, la gueule écrasée sur l'émetteur-récepteur. Il possède en effet une autre véritable passion : le Berger blanc ! Un véritable aficionado de ce breuvage anisé. Plus rare de nos jours que le Ricard. Mais pas de quoi encore s'inquiéter quant à l'approvisionnement… Les bouteilles s'entassent dans un vieux congélateur hors d'usage. Alcool plus écouteurs : une fugue idéale. Dans sa cave-bureau, il somnole, à moitié ivre mort, coupé du monde alentour.
Il n'aura jamais conscience de ce qui se passe à deux cents mètres de chez lui. De toute façon il s'en foutrait… Au fond du fond, il se fout de tout.
Le vieux bâtard qui lui sert de chien de garde repose. Comme toujours. La bête ouvre un œil rougi, grogne, jappe trois fois, soupire, et se rendort aussitôt.
Elle a pris l'habitude des longs courriers bruyants qui passent au ras du museau pour se poser, plus loin, sur l'aéroport de Bordeaux Mérignac…



Les chiens de garde de Paul Michel présentaient une troublante particularité. No wouah, wouah ! Pas un son sortant d'entre les puissantes mâchoires. Comme c'est souvent le cas pour ce type de féroces canidés appartenant à des malades du sécuritaire et du dressage extrême.
Je l'avais remarqué, à mes dépens, lors de ma précédente et unique visite. J'avais vu les fauves se précipiter. Aucun grognement. Très impressionnant ! J'avais pensé : je vais me faire bouffer, direct, sans appel. Paul, sur le perron de la maison, avait attendu le dernier moment pour stopper net d'un ordre guttural les menaçantes silhouettes des cagnes qui fonçaient dans ma direction.
Je revois encore les chiens assis autour de moi : Ils me fixaient, silencieux.
Ce fut un moment très, très déplaisant. J'avais senti chez Paul la jubilation que donne la toute puissance :
- Si je ne dis rien, il te bouffe tout cru.
" La voix de leur Maître " Merci, Bwana !
Vraiment un sale con de parmi les cons.


Camera on :


Le convoi parvient maintenant devant le portail d'entrée de la maison de Paul Michel. L'équipe gicle des véhicules et s'égaye dans la nature, selon les indications de Teeny. Noé ouvre son attaché-case, sort une douzaine de boites Mc Do. Pendant ce temps, les autoradios et les lecteurs de cassette continuent de se déchaîner. J'observe Noé qui, délicatement, extrait des steaks hachés des boites apportées. Sur les cinq derniers il répand le contenu d'une petite fiole. Je crois comprendre où il veut en venir…
"Faut les solliciter au hamburger authentique, ils se méfient autrement. Par la suite, ma décoction mélangée aux autres condiments plus ou moins nuancés de ce mets, devrait nous amener rapidement le calme, commente un Noé pédagogue.
Pendant ce temps, les chiens tournent sans faire de bruit derrière la grille : deux Dobermans et un Rott. Noé balance à présent les steaks un à un : Les chiens ont à peine frémi. Le Rott un nouveau venu, parait cependant un peu plus ému… Il mousse légèrement blanc autour des babines.
Il faut se rendre à l'évidence : ils sont bien dressés. A moins que les trois clebs ne trouvent dégueulasses la new food. Noé tente alors de les appâter en émettant un son alléchant. Rien à faire. Il va jusqu'à mordre dans un steak haché qui n'a pas encore reçu de dose. Que dalle ! Les chiens demeurent imperturbables, toujours aussi menaçants. A force, les clébards s'irritent : ils grognent un peu, laissent entrevoir des crocs redoutables.
- Bon, pas de temps à perdre… 'Faut se brancher "High tech"… murmure Teeny.
Enver et Murat, les occupants du J5, sont en train de couvrir la zone au moyen d'un fusil à pompe et d'une carabine. Je fais de même avec mon kalash, dés que je l'ai dégagée de sa housse halieutique.
Teeny court à présent vers le camion citerne. Il fait signe à ses occupants de venir se ranger devant la grille. Le camion se dispose rapidement. J'aperçois l'un des deux hommes, Marko ou Branko, peux toujours pas dire, grimper par une échelle sur le dessus du camion. Le deuxième, sur le coté, manipule une sorte de tableau électrique : un bruit de pompe se déclenche. Son acolyte, perché sur la citerne, s'est saisi d'une sorte de lance, allume un briquet…


Stop camera…


L'instant d'après, les trois féroces molosses se métamorphosaient en bananes flambées. Pour le coup, je les entendis couiner. Puis, un deuxième jet de flammes a fini de les carboniser. Une violente odeur de chair grillée s'est répandue dans l'air humide… Un truc vraiment schlutosse. A gerber.
En marche arrière, le camion citerne se dégagea de quelques mètres. Le portail brûlait. J'ai entrevu Placido et Domingo, ou, plutôt, Jospin et Chirac, glisser une pince monseigneur entre les deux battants qui flambaient. Il y eut un bruit sec, et la serrure a cédé.


Camera on :


La troupe se rue à l'intérieur de la propriété. Teeny fonce, automatique au poing. J'ai cru reconnaître un Makarov soviétique. Ce n'est présentement pas ce qu'il y a de plus courant comme pistolet automatique sous cette longitude… Teeny, continuant de courir, se retourne, me fait signe énergiquement de téléphoner. Je compose le numéro de Paul. Je n'hésite pas, ce coup là…
Personne, pour l'instant, ne bouge à l'intérieur de la sinistre demeure. Que fait donc l'enfoiré de sa mère et de ses tantes réunies ?

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© Août 2003